Levy et Sue dormaient paisiblement et Lucy, bousculée par des rêves entremêlés, semblait tout de même déterminée à demeurer endormie. Un rayon de soleil fit son apparition dans la fenêtre de la chambre de Sue et son réveil-matin sonna 6h00. Levy se leva d’un bond et se dirigea précipitamment vers sa maîtresse. Constatant qu’elle était bien sonnée, Levy se fit plus insistant en lui retirant un oreiller. La lourde tête de Sue roula sur le matelas et quelque peu embarrassée au départ, elle constata l’heure, appuya sur le bouton du réveil-matin et remercia son fidèle compagnon d’une caresse sur la tête. Assise dans son lit, elle contempla le matin qui se levait doucement sur Washington. Déjà, l’été avait laissé sa place à l’automne et malgré le ciel bleu qui règnait ce jour-là, elle savait pertinemment qu’il devait faire froid à l’extérieur ; elle savait puisqu’elle sentait le froid pénétrer sa chambre par les fentes de sa fenêtre et eut dès l’or l’envie folle de s’enrouler de nouveau dans sa couette. Le menton sur les genoux, le regard évasif, elle se remémora alors le souper d’anniversaire de Bobby célébré la veille ; les nombreuses blagues et les éclats de rire fusant de partout. Jack avait vu à ce que cette soirée chez Timmy’s (l’un des restos préférés de son cher copain) soit un choix unanime, approprié et convivial. Donna, l’épouse de Demetrius, ainsi que Stanley le copain de Tara acceptèrent également l’invitation. Quelques jours auparavant, Lucy avait réussi à soutirer quelques confidences de la part de l’équipe et Sue avait fouillé les anciens dossiers de son collègue. Après en avoir avisé Jack qui s’amusait à l’avance, elles avaient décidé d’emblée de lui offrir un bien-cuit à sa hauteur, c'est-à-dire géant et plein de rebondissements…
Levy fit son apparition au pied du lit, la laisse pendante de chaque côté de la gueule et la fixant de ses grands yeux noisette qui semblaient lui sourire.
« Oh… ! J’arrive mon chien. » lui lança Sue en sortant d’un bond de son lit.
Elle se rendit à sa garde-robe, puis à la salle de bain et en ressortie quelques minutes plus tard les cheveux remontés, vêtue de son habituelle tenue sport et ses chaussures de course.
« Allez viens Levy, allons marcher. » dit-elle à son chien, comme on parle à un enfant.
À l’extérieur, il devait faire environ 10 degrés. Les passants se faisaient rares et pressés à cette heure-ci, les revendeurs de journaux déballaient leur livraison quotidienne et on pouvait humer l’odeur enveloppante des cafés qui se préparaient. Sue croisa une intersection et se dirigea vers une tabagie avoisinant le parc. Elle donna 50¢ à l’homme qui lui remettait son journal chaque matin et d’un sourire plus que courtois, il la remercia avant de passer au client suivant. Impatient, Levy tira sur sa laisse et mena Sue à son habituel banc. Son regard insistant laissait deviner la suite.
« Tu ne te lasses jamais, toi ? Alors voilà, va chercher ta balle ! » dit-elle en sortant le précieux objet de sa poche.
Levy partit au galop et Sue s’installa pour lire les grands titres. La police arrête douze revendeurs « Joli coup de filet », se dit-elle, tout en poursuivant sa quête d’une bonne nouvelle dans les pages suivantes. Une dame se fait voler 12,000.00 $ dans son sac à main ; Possibilité d’un homicide sur un citoyen Américain à Londres ; Le Sénateur promet de collaborer sur l’affaire Trinton. Un peu embarrassée de n’y trouver que de mauvaises nouvelles ce matin-là, Sue froissa le journal en le refermant et le déposa à ses côtés. Son quotidien était parsemé d’escrocs à emprisonner, de gens suspicieux à interroger et elle avait envie d’être heureuse quelques heures de plus aujourd’hui. Elle voyait son fidèle cabot revenir en trombe vers elle et l’attendit avec hâte. Doublement heureux de l’accueil qui lui était réservé, le chien laissa tomber sa balle en battant de la queue et Sue lui relança, tout sourire. L’inlassable Levy repartit de plus belle et Sue, soupirant de bonheur, replongea dans ses pensées, revoyant les mêmes images qu’à son réveil. Ses pensées se firent plus insistantes en y ajoutant le sourire de Jack. Dieu qu’il était beau ! Si seulement… Son sourire s’estompa quelque peu et laissa place à des traits résignés. Levy revint à ses côtés à cet instant précis.
« On doit repartir mon grand, le boulot nous attend… »
Un peu déçu, Levy ne se fit pas prier pour autant. Sue repartie au pas de gymnastique vers son appartement, dépassant à gauche et à droite des passants de plus en plus nombreux. En entrant, elle fut saluée par Lucy, branchée sur les nouvelles télévisées, fardée et café à la main.
« Tu es déjà debout ? Mon Dieu, quelle heure est-il ? Es-tu tombée du lit ? »
Sa copine rigola avant de poursuivre :
« Désolée de te décevoir, mais je me suis effectivement organisée pour me lever tôt ce matin. Avec tout le boulot accumulé des derniers jours et les préparatifs pour la fête, j’ai du rattrapage à faire. »
« Bien ! enchaîna Sue, tu m’as laissé un peu d’eau chaude ? »
« Suffisamment pour que tu ne sois pas en retard au bureau ! Bon allez, je file. À plus ! »
Lucy vida le contenu encore chaud de sa tasse de café dans le lavabo, s’empara de son sac à main et son manteau et sorti précipitamment. Une fois la porte refermée, d’un air légèrement décontenancé, Sue dit à son chien :
« Je crois que le café devait être bien fort ce matin… »
Sue caressa la nuque de sa petite bête favorite, éteignit la télé et se rendit à sa chambre pour se préparer.