« Qu’est-ce qu’on a ? »
« Selon les informations, il est agent d’immeuble nouvellement engagé chez Real Estate, divorcé et père d’une fillette, propriétaire du duplex sur la rue Foch, son salaire et les redevances perçues par son locataire ne compensent pas ses dépenses : il passe son argent tel un richissime superviseur. Il est repris de faillite depuis deux ans et ses cartes sont déjà pleines. Nous avons un numéro de dossier concernant le vol de son portefeuille et avons retracé les demandes auprès des diverses institutions pour en recouvrir le contenu. Rien de bien énervant. Le portrait-type de l’américain moyen. »
« Oui, mais si il avait pu élaborer une combine pour faire un peu plus d’argent, justement ? S’il avait décidé de se sortir du gouffre ? »
« J’en doute. Il n’a aucun casier judiciaire. Que des allégations mal fondées par son ex-femme : elle l’a traîné devant les tribunaux trois fois en deux ans sous de fausses allégations. À mon avis, il n’est rien de bien sérieux. »
« Et que fais-tu de l’ordinateur de poche ? »
Jack tournait les pages du dossier en soupirant. Effectivement, il y avait cet accro majeur au dossier. Comment expliquer qu’il ait été mêlé à cette histoire ? Ils échangèrent un regard perplexe et émergèrent dans la pièce feutrée par l’absence de lumière pour s’asseoir devant Conta. Il semblait de plus en plus contrarié et volubile, il renchérit qu’il devait passer un coup de fil. On lui promit qu’il pourrait le faire après l’entretien et l’homme souhaita intérieurement qu’il se fasse rapidement.
« Monsieur Conta, pourriez-vous nous donner la date à laquelle on vous a volé votre portefeuilles ? »
« Certainement. C’était le 8 août et je crois que le vol est survenu entre 13h00 et 16h00. Je me rappelle clairement : j’étais à une foire itinérante avec ma fille. Nous avons dîné et peu de temps après, alors que nous étions en attente pour un manège, je me suis senti bousculé. Je me suis retourné mais je n’ai décelé rien d’anormal chez les gens derrière moi. C’est alors que j’ai eu la bonne idée de fouiller dans ma poche : elle était vide ! J’ai regardé à nouveau derrière moi et personne n’avait bougé. J’ai questionné les enfants, aucun ne s’était aperçu de quoi que ce soit. »
« Ça aurait pu être un voleur professionnel qui vous l’a enlevé sans éveiller vos soupçons et des enfants turbulents qui courraient un peu trop vite derrière vous ? »
« C’est ce que je me suis dit. Tout compte fait, j’ai récupéré mes effets. »
« Lorsque vous avez rapporté l’incident aux autorités, il s’était écoulé combien de temps ? » demanda Jack afin de corroborer ses versions.
Antony soupira d’impatience avant d’expliquer qu’il avait été à la rencontre de jeunes agents de sécurité du parc d’attraction, mais qu’on lui avait répondu n’avoir relevé rien, ni personne d’anormal. Il les avait trouvés incrédules et rageait contre ses problèmes qui n’en finissaient plus. Il était sorti du parc avec sa fille qui pleurait à chaudes larmes et s’était engueulé avec un troisième jeunot qui tenait fermement le bouton de la guérite de stationnement tant et aussi longtemps que Conta n’acquitterait pas son droit de passage.
« Et vous vous êtes rendu au poste de police ? »
« Oui. Vous connaissez la suite. Pourquoi toutes ces questions ? »
Jack enchaîna sans répondre, demandant au suspect s’il avait eu quelque information que ce soit concernant un achat effectué le jour suivant, sur sa carte de crédit. Les yeux ronds d’étonnement, le type se braqua et clama à nouveau son innocence. « Vous voyez ? » fit-il
Ses interlocuteurs étaient maintenant convaincus que Conta disait la vérité. Mais pour en être totalement certain, Myles couru au rez-de-chaussée et arracha la dernière page du cartable des agents de sécurité de l’immeuble en promettant leur ramener rapidement. Au premier coup d’œil, ils virent l’évidence d’une fausse signature sur le coupon-caisse : le vrai coupable n’avait même pas tenté de l’imiter. Jack retira son plaidoyer, expliqua sans trop de détails la raison de leur intervention, lui adressant ses plus sincères excuses. Myles demanda un transport pour le retourner chez lui.
« Dites-leur de faire vite, ma fille rentrera de l’école dans une demi-heure. » clama-t-il, sans préciser qu’elle était handicapée et que personne ne serait à la maison pour l’accueillir.