« Bon, comme vous le savez probablement déjà, il y a eu hier une vaste opération de démentelage d’un réseau de distributeurs de drogue. Douze personnes ont été arrêtées, dont six étaient d’âge mineur... »
« Quel triste début pour ces enfants. » suggéra Myles
« Voilà... Il s’avert que de ces douze personnes, huit ont été interrogées puis relâchées la même journée. Les trois autres sont toujours détenues, mais devraient également se voir octroyer le même droit sous peu. »
L’air inquisiteur de Bobby laissant présager la prochaine question, Demetrius laissa tomber les détails superflus avisa l’équipe :
« Le jeune homme qui a été assassiné ce matin est Sebastian J. Rooth, 21 ans, l’une des personnes inculpées par l’équipe d’intervention hier. Il avait un lourd passé judiciaire, consommait régulièrement des drogues dures. »
« Il pigeait probablement dans la petite caisse ? » proposa Bobby
Demetrius trancha : « Le décès de cet homme place la police du comté dans une position litigieuse et on m’a prié de vous rendre l’affaire. Nous allons rappatrier tous les éléments pris en compte jusqu’à ce jour et les réviser un par un. »
« Un règlement de comptes... » déduisa Sue.
« Probablement, rétorqua Jack en se tournant vers elle. mais si la police nous remet une aussi vaste enquête, c’est qu’il doit forcément y avoir des éléments de preuve supplémentaire à cueillir. Le cas risque d’être ou ne peut plus complexe, voire même au-delà d’un simple traffic de stupéfiants. »
Tous approuvèrent cette dernière réflexion. Demetrius s’assura de l’approbation de tous sur ce coup et se retira du groupe pour se diriger vers le corps policier, réuni autour d’une autopatrouille. Chacun rassemblèrent leurs idées : Bobby suggéra une visite du secteur acceptée d’emblée par Myles et le duo téléphona à Tara pour lui demander le nécessaire à une fouille. En soulevant les yeux, Sue remarqua tout comme Jack, un balcon donnant sur la ruelle ainsi, qu’une porte arrière entre-ouverte. Ils virent ensuite un groupe de voisins qui discutaient sur le pallier adjacent, et parmi eux se trouvait une dame fort secouée. Sue proposa d’interroger les locataires de l’endroit et Jack l’accompagna.
« Bonjour Mesdames, Messieurs, s’écria Jack, nous sommes du F.B.I. Pouvons-nous vous poser quelques questions ? »
« Oui, bien sûr, répondit une femme bien en chair. Vous pouvez passer par le jardin. »
Sue et Jack se dirigèrent vers la vieille clôture de bois et furent rattrapés par un homme qui vint soulever le loquet. Il les accompagna jusqu’à la vieille galerie et entrèrent. Piètrement décoré, quoi que soigneusement nettoyé, l’endroit avait somme toute prit autant d’âge que ses locataires. Ils s’asseyèrent à la cuisine.
« Theresa, offre-leur quelque chose à boire, qu’est-ce que tu attends ? »
« Oh, je vous remercie Madame, ça va aller. » répondit Sue avec douceur
La femme vint s’asseoir aux côtés de son mari et s’installa ensuite leur fille à la droite de sa mère. Jack sorti son calepin et Sue poursuivit :
« Qu’est-ce qui s’est passé, exactement ? »
« Margaret ? fit sa mère en lui serrant la main. Parle ma grande. »
Voyant le trouble se dessiner sur le front de la jeune femme, Sue comprit dès lors qu’elle n’était pas dans un état normal. Elle se pencha légèrement et croisa son regard. Mais embarassée, la jeune femme se mit à regarder vaguement dans tous les sens. Levy quitta sa maîtresse et s’installa aux côtés de la jeune femme posa enfin les yeux sur le chien.
« En fait, notre fille est plutôt... perturbée. Vous comprenez, tout ce stress qui lui monte à la tête... Nous devons nous assurer de son bien-être constamment : elle est schyzophrène de type 1. C’est léger, mais considérable. » expliqua la mère.
« Nous sommes désolés, dit Sue avec compassion. Nous ne vous ferons aucun mal Madame. Nous désirons seulement savoir si vous vous rappelez de quoi que ce soit qui pourrait nous aider à avancer cette enquête. »
Le regard évasif ne pouvant se fixer à gauche tant que la droite laissait présager le traumatisme dans lequel la dame était plongée. Levy déposa sa lourde tête sur les cuisses de celle-ci et Jack baissa les yeux pour lui octroyer la parole sans la bousculer. Quelques secondes plus tard, Margaret s’élança :
« J’étais sur mon balcon, j’arrosais mes fleurs. L’homme au manteau de cuir marchait dans la ruelle, mais je ne l’avais jamais vu avant. J’ai ensuite vu arriver une voiture en trombe et rendu à son niveau... on lui a tiré dessus. La voiture est repartie... » fit la dame en gesticulant et sanglotant.
Sa mère lui tendit un mouchoir et le père, affligé, se leva de table pour faire les cent pas dans la cuisine en se frottant le crâne.
« Avez-vous entendu parler ces gens ? Saviez-vous s’ils ont dit quelque chose avant ? » demanda Jack
« Non... répondit la jeune femme d’un trait en fixant la table
« Qu’avez-vous fait lorsque vous avez vu ce qui s’était passé ? » osa Sue, sentant le traumatisme de la femme augmenter d’un cran
« Je... je suis entrée chez moi sur la pointe des pieds. Je ne voulais pas qu’on me voit et qu’on... me fasse la même chose. Je... je me suis cachée et j’ai attendu de ne plus entendre de bruit avant d’appeler mes parents. »
« Je vous remercie Madame. Vous faites preuve d’un grand courage et vos informations nous serons très utiles. » lui dit Sue en lui tendant une carte d’affaires.
Tout en rangeant son calepin, Jack regarda Sue qui résuma en lui le scénario qui se dessinait à l’horizon. Ils remercièrent à nouveau la famille et reprirent le chemin de la ruelle. Les forces constabulaires avaient quitté le terrain, laissant le champ libre au FBI. Myles et Bobby vinrent à leur rencontre.
« Et alors ? » demanda Bobby
« Rien de ce qu’on ne savait pas, en fait. expliqua Jack. La dame était sur son balcon au moment du drame, s’est faufillé à l’intérieur pour échapper au suspect et il s’est écoulé environ une dizaine de minutes avant que le calme s’installe et qu’elle appelle ses parents et la police. »
« Toutefois, Margaret est schyzophrène, ce qui explique le degré de panique et le temps qu’elle a pris avant d’appeler les autorités. Mais nous pourrons établir un meilleur profil psychologique de celle-ci de retour au bureau. » lança Sue
« Et vous ? » demanda Jack
« Une chose est sûre, elle n’a pas imaginé ce coup là... Nous avons trouvé un bout de plastique qui semble provenir d’un appareil électronique à proximité du corps, ainsi que des traces de projectile dans une planche de cette clôture. Je ne sais pas ce qu’on pourra tirer de ces deux évidences... C’est plutôt faible comme preuve. »
« Un trou et un bout de plastique, c’est bien plus gros qu’un ADN et l’équipe de chercheurs peuvent établir des preuves substentielles avec celui-ci. Alors laissons le soin au labo de nous épater... ! » suggéra Myles en souriant
Tous acquièssent et se mirent au travail pour ranger le matériel de fouille. Sue, évasive, tentait de mettre de l’ordre dans ses idées et placer les morceaux du puzzle. Le soleil descendait sur la ville laissant derrière lui, des ombres fraîches qui laissaient présager les futures journées grises et pluvieuses.